Lyon redonne vie à sa presqu'île entre Saône et Rhône
LE MONDE | 31.03.05 | 14h40 . Mis à jour le 31.03.05 | 15h14
Lyon de notre correspondante
On aperçoit des badauds qui déambulent sur des quais en bois, d'autres sont attablés à des terrasses ou à proximité d'un port de plaisance où sont amarrés des bateaux. La scène ne se passe ni sur la côte atlantique ni sur les bords de la Méditerranée ; il s'agit des maquettes qui présentent les futurs aménagements des rives de la Saône, à Lyon. En 2007, au coeur de la ville, les Lyonnais disposeront d'une place nautique de 4 hectares, presque aussi grande que la place Bellecour, lieu emblématique.
Ordonné autour d'un grand bassin d'eau de 2 hectares, cet espace sera le centre du nouveau quartier du Confluent, une friche de 150 hectares située au sud de la presqu'île, entre la gare de Perrache et le point de rencontre du Rhône et de la Saône.
Le précédent maire, Raymond Barre (app. UDF), avait lancé ce vaste chantier urbanistique destiné à créer "le centre-ville du XXIe siècle" en confiant à l'architecte François Grether et au paysagiste Michel Desvigne le soin de dessiner les grandes masses du réaménagement. Son successeur Gérard Collomb (PS) est en passe de concrétiser le projet. La première phase de l'aménagement est amorcée. Elle concerne au total 41 hectares sur les 70 potentiellement convertibles sur l'ensemble du site, et pourrait accueillir 3 000 nouveaux habitants.
Les premiers coups de pioche ont été donnés pour la construction de la place nautique et pour la déviation des voies ferrées qui traversent actuellement le terrain. La volonté des concepteurs est de "mettre en valeur les fleuves", le Rhône et la Saône, qui structurent véritablement la presqu'île et lui donnent son âme mais auxquels Lyon a longtemps tourné le dos, sous-exploitant ce patrimoine naturel exceptionnel.
Autour du bassin nautique, long de 335 mètres et large de 110, deux projets doivent voir le jour d'ici 2007-2008. Sur la rive sud viendra s'amarrer un "pôle de loisirs" dessiné par l'architecte Jean-Paul Viguier et réalisé par le groupe Unibail/Mab. Ce bâtiment ne figurait pas initialement dans le projet des urbanistes, plutôt sceptiques quant à son opportunité. C'est Gérard Collomb qui l'a imposé pour, selon lui, amorcer l'aménagement du confluent et attirer des investisseurs privés. Ce "pôle de loisirs" sera en fait un vaste centre commercial doté d'un multiplexe cinématographique et de commerces liés notamment aux loisirs. Pour le maire, cet équipement représente la pierre angulaire permettant de bâtir ce nouveau quartier sans recourir uniquement à l'investissement public.
En face, sur la rive nord, un ensemble immobilier constitué à 80 % de logements va être construit. Trois immeubles viendront s'implanter juste au bord de la darse avec, au rez-de-chaussée, des brasseries, des bureaux, des commerces.
Cet ensemble représente 40 % du programme de construction de la première phase de l'aménagement du Confluent : 690 logements, environ 1 400 nouveaux habitants. Les trois îlots ont été attribués au début de l'année à trois groupements de promoteurs, Nexity Appolonia, Alliade et ING Real Estate Atemi. Les trois projets retenus portent la signature d'architectes de renommée internationale, avec notamment l'Italien Massimiliano Fuksas et le Néerlandais Winy Maas ; ce dernier a concouru sur le dossier du réaménagement des Halles à Paris.
Le projet se veut exemplaire en termes de mixité sociale et de développement durable. Le parc immobilier sera constitué à 23 % de logements sociaux, avec notamment la présence de plusieurs appartements confiés à l'association Habitat et humanisme, du Père Bernard Devert, 33 % de logements standards et locatifs intermédiaires et 44 % de logements de haut de gamme, qui bénéficieront du meilleur emplacement près de la Saône. L'équipe de Nexity Apollonia a dessiné des duplex, des lofts modulables ou des villas superposées, qui donneront à la fois sur la place nautique, sur le fleuve, en face de la colline de Sainte-Foy, véritable sanctuaire, abritant de sublimes propriétés sur un parc. Mais l'accès à ce site magique a un prix : les promoteurs annoncent des prix de vente entre 2 000 et 4 400 euros le mètre carré.
Devrait également s'installer dans ce futur quartier, sur d'anciens terrains de la SNCF, le conseil régional de Rhône-Alpes avec son millier d'agents. Actuellement isolés et dispersés sur plusieurs sites à Charbonnières-les-Bains, cette banlieue ouest de Lyon difficile d'accès, les services de la région veulent se donner de la visibilité. Jean-Jack Queyranne, le président (PS) du conseil régional, doit soumettre à son assemblée, jeudi 7 avril, une délibération actant le principe du déménagement au Confluent et de la construction d'un nouveau siège de 38 000 m2 pour un coût estimé à 96 millions d'euros hors taxes et charges foncières.
Enfin, tout au sud, presque au confluent des deux fleuves, le conseil général du Rhône a l'ambitieux projet de créer un nouveau pôle muséographique, qui sera desservi par le tramway. Le projet, évalué à 134 millions d'euros, se distinguera en premier lieu par son architecture hybride, baptisée Nuage de cristal, dessinée par le cabinet autrichien Coop Himmelblau.
Le chantier avance malgré quelques semaines de retard : la destruction de l'ancien boulodrome qui occupe l'espace doit commencer en mai. Deux groupes sont en compétition pour bâtir le futur Nuage de cristal, Eiffage-Vinci-GTM d'un côté et Fayat-Bec de l'autre ; ils doivent remettre leurs offres le 7 avril pour permettre au département d'attribuer le marché en juin. Les travaux devraient démarrer en septembre et durer trois ans. La fin de l'aménagement du Confluent est prévue en 2015.
Sophie Landrin
Article paru dans l'édition du 01.04.05
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