LE CONSEIL GENERAL DE l’HERAULT PASSE LES CENT FONTS AU KÄRCHER
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« Quand un moustique m’agresse, je le tue sans pitié… » déclarait M. A. Vézinhet dans le journal Libération du 20 décembre 2004 à propos des crustacés de la grotte des Cent Fonts.
Et bien c’est chose faite, le gouffre a été débarrassé de ces cavernicoles squatters qui ne rapportaient aucun loyer depuis plusieurs dizaines de millions d’années. Peu importe qu’ils aient fait partie du patrimoine scientifique mondial ou plus simplement de celui du département de l’Hérault. Les photos jointes, prises ce mercredi 7 septembre, témoignent de la violence de l’expulsion.
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Sortie boueuse des griffons le 7 septembre 2005
Le mécanisme est simple. Comme nous l’avons rapporté dans notre précédent communiqué de presse, un mois de pompage à 400 l/s aura suffi à vider le gouffre. L’absence complète d’apport d’une quelconque réserve s’est traduit par un rabattement de 55 mètres sous le niveau du fleuve en moins d’un mois. A la suite des fortes pluies de ces dernières heures, l’eau pénétrant brutalement dans la cavité vide du gouffre, est tombée en cascade sur les nappes d’argile et les entraîne dans l’Hérault provoquant leur expulsion en sorties boueuses par les griffons (voir photo). Il s’agit d’une « kärchérisation » irréversible des habitats cavernicoles benthiques et endobenthiques.
Comment ne pas parler d’inconscience face au naufrage d’un projet qui visait 2000 l/s en 1992, 800 l/s en 2002, 400 l/s en 2005 et dont la rumeur nous dit maintenant qu’il pourrait se contenter de prendre 200 l/s sans compensation à l’Hérault. Il est temps de prendre acte de ce fiasco avant qu’il ne se transforme en scandale économique et politique. Les bonnes intentions ne peuvent justifier de faire n’importe quoi. Il serait peut-être plus raisonnable de moins vouloir « sauver l’humanité de la mort de soif », de cesser de se voiler la face et de réfléchir sereinement aux conséquences en chaîne de ce projet. Il faut maintenant que les élus se dirigent efficacement dans le sens du développement durable de la moyenne et de la basse vallée de l’Hérault. Cela ne passe pas par le choix de solutions inefficaces et de surcroît dangereuses.
Un mois de pompage à 400 l/s représente une extraction d’un million de m3 environ (30 jours x 24 heures x 3600 secondes x 0,4 m3). Dans le même temps, la réalimentation naturelle du gouffre (à 270 l/s) apportait 700 000 m3. Le volume de la cavité rabattu était donc environ de 300 000 m3. Ce volume a été comblé en 24 heures environ par les apports des pluies puis les griffons ont expulsé le trop-plein. Ce remplissage correspond à un débit de 3,5 m3/s qui semble effectivement proche de celui qui est observé aujourd’hui. La réserve n’existe pas ou n’est pas mobilisable et la seule capacité de stockage dont parlait M. Michel Bakalowicz dans le numéro de février 2005 du Magazine du Département de l’Hérault (n°133, page 23) est de l’ordre de 300 000 m3 et non de 9 000 000 m3.
Une analyse de thermométrie, effectuée par l’Association, le 6 septembre, avant les pluies montre que la température de l’Hérault avant le rejet était de 26°C, celle du rejet de 15,5°C et après le rejet de 24°C. Ces deux degrés de baisse de température sont fondamentaux pour l’équilibre écologique du fleuve l’Hérault en évitant son asphyxie. C’est grâce à l’apport d’eau fraîche des Cent-Fonts que le fleuve, dont la qualité bactériologique, déjà moyenne, est soulignée tous les ans en été par les analyses de la DDASS, ne se transforme pas un peu plus en bouillon de culture. C’est également grâce à cet apport d’eau que malgré la sécheresse, l’irrigation, même difficile, reste possible dans la moyenne vallée de l’Hérault.
Sauf à vouloir délibérément mettre en place les réductions de prise d’eau pour l’irrigation du Canal de Gignac, publiées dans les études du BRGM (rapport BRGM n°RP-50882-FR, pages 69 à 73) ou encore sauf à vouloir délibérément ruiner les activités de baignade sur le grand site touristique en cours de développement, du Pont du Diable, il faut abandonner le projet de détournement de la source des Cent-Fonts et mettre en place les solutions alternatives de production d’eau potable à partir de la ressource du Canal du Bas-Rhône.
Pourquoi le département du Gard peut-il produire de l’eau potable à partir du canal du Bas Rhône ?
Pourquoi des villes comme Paris et Toulouse peuvent-ils produire plus de la moitié de leur eau potable à partir de la Marne, la Seine, l’Ariège et la Garonne et pourquoi le département de l’Hérault ne serait-il pas capable de le faire si cette solution lui permet de respecter son environnement ?
Serions-nous plus bêtes, sommes-nous si différents ?
Ceci n’est en rien contradictoire avec la sécurisation des réseaux, avec leur interconnexion mais permettra de résoudre les problèmes de pénuries notamment dans le secteur du Pic Saint Loup, dans la moyenne vallée de l’Hérault et dans la basse vallée de l’Hérault.
Le temps de l’autosatisfaction inconsciente, imprimée sur papier glacé, ou des arguments démagogiques, est révolu devant les impératifs économiques et écologiques, présents et futurs.
La persistance volontaire dans l’erreur serait une faute politique grave.